CHYPRIOTE (QUESTION)


CHYPRIOTE (QUESTION)
CHYPRIOTE (QUESTION)

La complexité de la question chypriote provient du fait qu’elle a de multiples dimensions, qui se situent à plusieurs niveaux. Elle forme un écheveau de paramètres locaux, régionaux et internationaux, de facteurs culturels, politiques et stratégiques, d’autant plus difficile à démêler que ses fils remontent loin dans l’histoire et dans l’inconscient collectif des Grecs et des Turcs. Aussi faut-il se garder, dans cette affaire, de tout jugement simpliste, de toute explication univoque.

Sur le plan local, la question chypriote se résume à un conflit entre la communauté grecque, majoritaire à environ 80 p. 100, et la communauté turque, minoritaire avec 18 p. 100 de la population. Dans la région, elle constitue l’un des principaux dossiers du contentieux entre la Turquie et la Grèce. Sur le plan international, l’île, qui est située au centre de la Méditerranée orientale, a une valeur stratégique certaine et constitue un véritable porte-avions, une base de départ et de repli pour les forces de l’O.T.A.N. opérant au Moyen-Orient, grâce notamment aux enclaves britanniques d’Akrotiri et de Dhekelia, ce qui fait de Chypre un enjeu de la rivalité Est-Ouest. D’autre part, le caractère colonial du conflit dans la phase précédant l’indépendance et la politique extérieure de non-alignement poursuivie par la République chypriote ont conféré à la question une dimension Nord-Sud.

Après avoir été peuplée par des groupes venus de l’Anatolie, au IVe millénaire avant J.-C., Chypre a été successivement dominée par les Grecs, les Phéniciens, les Ptolémées, les Romains, la famille des Lusignan et, à partir de 1571, par les Ottomans. La présence ottomane à Chypre a duré exactement 307 ans, jusqu’en 1878, date à laquelle la Sublime Porte a prêté l’île à l’Empire britannique, en échange d’un soutien contre la menace russe. Passée sous le contrôle de Londres grâce aux efforts de Disraeli qui poursuivait son grand dessein d’assurer à l’Empire britannique une présence prépondérante au Moyen-Orient, Chypre restait néanmoins sous la souveraineté ottomane jusqu’en 1914. L’Angleterre devait l’annexer en novembre 1914, à l’entrée en guerre de l’Empire ottoman aux côtés de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie. Chypre était proclamée en 1925 colonie de la Couronne britannique, après que la Turquie eut reconnu son annexion par l’Angleterre, dans le traité de Lausanne en 1923.

La présence britannique à Chypre a été assez bien accueillie par les deux communautés. Les Chypriotes Grecs espéraient qu’ils pourraient obtenir des Anglais le rattachement de l’île à la Grèce, puisque depuis l’insurrection grecque de 1821 contre les Ottomans l’hellénisme avait fait son chemin à Chypre. Pour les Chypriotes Turcs, la domination britannique était préférable à un éventuel rattachement à la Grèce. Cette attitude défensive de la minorité turque allait continuer jusqu’aux années cinquante. Tandis que la majorité grecque allait lutter, avec plus ou moins de conviction et des moyens plus ou moins violents selon les circonstances, pour obtenir l’enosis , c’est-à-dire l’union avec la Grèce.

D’abord limitée à une lutte entre la puissance coloniale britannique et la communauté grecque, la question chypriote devait acquérir un statut international pendant les années cinquante, lorsque la Grèce et la Turquie devinrent parties prenantes dans l’affaire, sur un arrière-plan de guerre froide et de rivalité américano-soviétique en Méditerranée.

Chypre a accédé à l’indépendance en 1960, dans un contexte de tension et de rivalité entre les deux communautés de l’île, entre la communauté grecque et le Royaume-Uni, entre la Grèce et la Turquie, et, enfin, entre les États-Unis et l’U.R.S.S. La nouvelle République, résultat d’un laborieux compromis entre les intérêts et des aspirations divergents, allait sombrer dans une nouvelle crise en 1963, trois ans après être sortie d’un très long conflit. Cette nouvelle crise, qui dure depuis trois décennies, a considérablement affaibli le capital de confiance mutuelle et l’habitude de coexister dans un certain climat de tolérance qui subsistaient entre les deux communautés de l’île. Aussi, un règlement durable de la question chypriote continue-t-il d’apparaître comme une éventualité lointaine.

Les origines du premier conflit chypriote: de 1878 à 1945

Après la conquête de l’île par les Ottomans, en 1571, une importante communauté turque s’y forma. La population chypriote qui y vivait depuis toujours et qui faisait partie du monde hellénique, bien que l’île n’ait jamais appartenu à la Grèce, préserva son identité dans le cadre du système ottoman de millet (les groupes ethniques de l’Empire, définis selon l’appartenance confessionnelle). Dans le cadre de ce système, la communauté chypriote grecque vit même restaurer l’autorité de son Église et de son archevêque, qui avaient été placés sous la domination de l’Église catholique pendant la période franque, sous le règne des Lusignan. En 1754, le sultan reconnaissait l’archevêque orthodoxe de l’île et ses évêques comme les représentants du millet grec de Chypre. En conséquence, l’archevêque prenait le titre d’ethnarque et, doté de pouvoirs administratifs étendus, devenait le deuxième personnage de l’île, après le gouverneur ottoman. En 1839, la Sublime Porte dotait Chypre d’un divan (conseil administratif et judiciaire), dont la composition devenait paritaire à partir de 1856, avec quatre Turcs et quatre Grecs.

La séparation entre les deux communautés turque et grecque, qui était essentiellement fondée sur des critères confessionnels dans l’ancien système ottoman, prit progessivement une autre forme, avec, d’une part, le renforcement des sentiments nationalistes au sein de la communauté grecque, qui la portaient vers la Grèce et, d’autre part, l’arrivée des Anglais à Chypre, en 1878. Les aspirations des Grecs à l’union avec la Grèce (Enosis ) s’en trouvèrent renforcées. Quant aux Turcs de l’île, ils étaient prêts à s’allier aux Britanniques, pourvu que ceux-ci les protégeassent d’une domination de la majorité grecque.

Il faut dire que les relations entre les deux communautés furent la plupart du temps pacifiques. Tout en vivant chacune selon ses croyances et coutumes, elles entretinrent des relations commerciales et sociales. La conscience de leurs différences n’empêchait pas le Grec et le Turc de Chypre de vivre ensemble, de partager les mêmes lieux, les mêmes cafés de village, de participer aux fêtes de mariage des uns et des autres. En près de quatre siècles de cohabitation, de la fin du XVIe siècle aux années 1950, d’abord sous les Ottomans, ensuite sous les Britanniques, les incidents graves furent rares.

Cependant, le fait que, après 1878, le pouvoir appartînt à une tierce puissance, ni turque ni grecque, allait introduire un élément de division entre les deux communautés, d’autant plus que les Britanniques ne se privèrent pas de bien marquer la séparation des deux parties et, à l’occasion, de se servir de l’une contre l’autre. C’est la minorité turque qui fut la plus encline à servir d’auxiliaire aux forces anglaises dans leur lutte contre les nationalistes grecs, de plus en plus frustrés et recourant à des méthodes d’action violentes, face au peu d’enthousiasme de la puissance coloniale à favoriser la réalisation de l’enosis , sans pourtant jamais franchement décourager les Grecs de l’île à cet égard.

Sur le plan institutionnel, les Anglais créèrent dans le cadre de la première Constitution de 1882 un Conseil législatif de 18 membres, composé de 6 fonctionnaires anglais nommés et de 12 membres élus, dont 9 Grecs et 3 Turcs. Cette répartition des sièges tenait compte de la structure de la population, composée alors de 136 000 Grecs et de 46 000 Turcs (75 p. 100 et 25 p. 100 environ respectivement). Au cours des premières décennies du XXe siècle, le rapport numérique des deux communautés se modifia en faveur des Grecs, plus particulièrement à la suite de plusieurs vagues d’émigration massive des Chypriotes Turcs vers l’Anatolie, notamment après la création de la République kémaliste, en 1923. À la suite des émigrations turques des années 1923-1930, la structure démographique de l’île prit, dès 1931, la forme qui est la sienne encore aujourd’hui: environ 80 p. 100 de Grecs, 18 p. 100 de Turcs, le reste étant composé de petites communautés arménienne et maronite.

Malgré cette évolution démographique accroissant le poids de la communauté grecque, la composition du Conseil législatif, au sein duquel le gouverneur britannique imposait ses décisions en s’appuyant sur les trois membres turcs, restait inchangée, ce qui exaspérait les éléments les plus nationalistes des Chypriotes Grecs, très engagés dans la lutte pour l’enosis .

La politique coloniale britannique à Chypre était pour le moins ambiguë et contradictoire: tantôt, elle utilisait la minorité turque contre la majorité grecque chaque fois que cela lui paraissait nécessaire, sans pour autant que la communauté turque en tirât un avantage, tantôt, elle semblait favoriser les Grecs dans certaines circonstances. En 1915, les Anglais se déclarèrent disposés à céder l’île à la Grèce, en échange de l’entrée de celle-ci en guerre à leur côté. Cette offre fut rejetée par la Grèce. En 1919, il fut de nouveau question de donner Chypre à la Grèce, mais finalement les Anglais y renoncèrent, étant donné la position stratégique de l’île. Ces ambiguïtés, atermoiements et prises de position contradictoires avaient pour effet de décevoir les deux communautés et de rendre plus difficile leur coexistence. La politique anglaise à Chypre n’était peut-être pas machiavélique, mais elle n’était en rien faite pour aider les deux communautés à vivre en bonne entente, à se comporter en partenaires.

En dépit des circonstances qui les éloignaient l’une de l’autre, elles firent tout de même preuve d’une certaine solidarité pendant les années 1928-1931, contre la puissance coloniale. Cette attitude solidaire était encouragée par l’entente qui régnait alors entre la Grèce de Venizelos et la Turquie d’Atatürk. Les deux communautés s’opposèrent notamment à une loi qui, en 1931, transférait à l’administration coloniale britannique le contrôle de l’enseignement dans les écoles grecques et turques, contrôle dévolu jusque-là aux deux communautés. Au sein du Conseil législatif, l’un des trois députés turcs ayant décidé de voter avec les Grecs, le gouverneur britannique fut mis en minorité et le budget de l’île pour 1931 repoussé par la majorité gréco-turque. Le gouverneur britannique passa outre et imposa son budget par décret. Dans le climat de mécontentement qui suivit cette décision éclata la révolte grecque en octobre 1931 en faveur de l’enosis . Elle était inspirée et dirigée par l’Église orthodoxe de Chypre. La réaction britannique fut très dure: plusieurs leaders religieux et politiques furent exilés et toutes les libertés supprimées.

Il est à noter que le gouvernement d’Athènes n’avait pas ouvertement soutenu la révolte de 1931. En effet, entre la guerre, désastreuse pour elle, de 1919-1922 contre la Turquie et la Seconde Guerre mondiale, la Grèce a presque constamment connu de graves problèmes de politique interne, qui l’ont tenue à l’écart de la question chypriote. Quant à la Turquie, elle se désintéressait apparemment du sort de l’île.

À Chypre même, les mesures d’exception adoptées par les Anglais en 1931 furent levées en 1941, ce qui donna lieu à une éclosion de très nombreux partis politiques grecs (32 en tout), alors que la communauté turque n’en comptait que trois. Le climat de coopération qui existait entre les deux communautés, en 1928-1931, avait progressivement disparu et tandis que les Chypriotes Grecs, galvanisés par l’héroïque résistance grecque contre les nazis aspiraient plus que jamais à l’enosis , la communauté turque s’inquiétait de cette éventualité et comptait sur le maintien de la présence britannique dans l’île.

De la lutte anticoloniale à l’indépendance: 1945-1960

Le mouvement anticolonialiste, qui avait pris un essor formidable dans les années d’après-guerre, avec les luttes pour les indépendances afro-asiatiques et les premiers signes de la désintégration des empires coloniaux confortait l’aspiration et les actions des Chypriotes Grecs pour l’enosis .

Inspiré et dirigé par l’Église chypriote, le mouvement pour le rattachement de l’île à la Grèce prenait un tour de plus en plus intransigeant et plusieurs occasions d’arriver à des compromis politiques permettant de régler le conflit furent perdues à cause de cette rigidité de la droite ultranationaliste chypriote grecque. L’une de ces occasions gâchées fut le projet de constitution Winster qui offrait d’importantes dispositions d’autonomie interne. Bien que favorablement accueilli par la gauche, le projet fut rejeté par les leaders de l’Église et de la droite, qui occupaient une position dominante au sein de la communauté grecque.

Quelques années plus tard, en 1956, les Chypriotes Grecs allaient aussi repousser le plan Radcliffe, qui accordait aux deux communautés de substantiels pouvoirs et qui avait de bonnes chances d’être accepté par la communauté turque. Mais aucun compromis ne paraissait convenir à l’Église et à la droite chypriote grecque: c’était l’enosis ou rien.

Entre-temps avait eu lieu un événement qui devait marquer la scène chypriote pour près de trois décennies: le 18 octobre 1950, Makarios III était élu archevêque, à l’âge de 37 ans. L’arrivée à la tête de l’Église chypriote de cette très forte personnalité allait conférer une dimension supplémentaire à la lutte de la communauté grecque contre la puissance coloniale. L’organisation de guérilla grecque E.O.K.A. s’arma et renforça son implantation pendant les années 1950-1955, en vue d’une lutte armée contre les Anglais.

La Grèce et la Turquie, toutes deux très désireuses d’être admises dans l’O.T.A.N., se tenaient soigneusement à l’écart du conflit chypriote. Le gouvernement d’Ankara se manifesta une seule fois, en 1951, pour déclarer qu’en cas d’initiatives visant à modifier le statut de Chypre, il exigeait d’être consulté.

À partir de 1955, la guérilla et le terrorisme grecs se développèrent à Chypre, sous la direction de Georgios Grivas et de l’E.O.K.A. et avec le soutien de l’Église et de la droite. La réaction de la communauté turque et de la Turquie, qui suivaient toutes les deux avec beaucoup d’inquiétude les préparatifs de l’E.O.K.A., évolua d’une attitude de méfiance à celle d’hostilité totale. Les Turcs ripostèrent à l’enosis , en réclamant le taksim , c’est-à-dire le partage de l’île entre la Grèce et la Turquie. Des émeutes contre la minorité grecque de Turquie eurent lieu à Istanbul, en septembre 1955.

Les Anglais ripostèrent avec une grande sévérité à la guérilla et aux actions terroristes des Grecs. Sur le plan diplomatique, le gouvernement Eden persuada le gouvernement turc d’intervenir plus activement dans le conflit chypriote, qui devait comporter, à partir de 1955, trois protagonistes au lieu de deux, ce qui offrait de nouvelles possibilités de manœuvre aux Britanniques. En effet, en introduisant dans le débat un troisième partenaire, plutôt enclin à conserver le statut quo, le Royaume-Uni renforçait sa position et suscitait une diversion grâce à l’affrontement qui ne devait manquer de se produire entre la Grèce et la Turquie.

En outre, avec la Turquie et la Grèce devenues parties prenantes, la question chypriote, qui était à l’origine un problème de décolonisation, portée en 1954 à ce titre devant l’Assemblée générale des Nations unies, restait circonscrite dans la sphère d’influence occidentale, en tant que conflit intéressant trois pays membres de l’Alliance atlantique. Tandis que Mgr Makarios jouait la carte de la décolonisation et de l’autodétermination, avec l’appui du Parti communiste chypriote A.K.E.L. et de l’U.R.S.S., les trois pays concernés, ainsi que les États-Unis s’employaient à maintenir le conflit à l’intérieur de la zone atlantique. Cette préoccupation devint prioritaire, plus particulièrement après le fiasco franco-britannique de Suez en 1956, l’écroulement de la puissance britannique au Moyen-Orient et l’arrivée sur la scène de la Méditerranée orientale des États-Unis pour remplacer l’Angleterre défaillante.

Sur le plan local, la riposte la plus spectaculaire des Anglais aux activités de l’E.O.K.A. a été l’exil de Mgr Makarios, en 1956. Les guérilleros de Grivas avaient commencé par attaquer surtout des policiers chypriotes grecs employés par le pouvoir colonial, ce qui les força à démissionner en masse. Les Anglais les remplacèrent alors par des policiers turcs, qui furent à leur tour attaqués et tués par l’E.O.K.A. En guise de défense, les Chypriotes Turcs créèrent leur propre organisation terroriste, VOLKAN. Le sang ayant coulé en abondance entre les deux communautés, notamment en 1958, les perspectives d’entente allaient désormais évoluer en s’amenuisant.

Dès lors, le décor était planté. Ce conflit, initialement de type colonial, devenait une lutte entre les nationalismes grec et turc, avec un caractère interethnique dans l’île et interétatique sur le plan régional. Les conditions étaient réunies pour la recherche d’une solution à l’intérieur de la zone d’influence occidentale et sous la supervision des Américains, les principaux acteurs de cette recherche étant le Royaume-Uni, la Grèce et la Turquie, suivis des deux communautés de l’île, qui n’en pouvaient mais.

Les négociations engagées aboutirent aux accords de Zurich et de Londres, en février 1959, qui créaient un État indépendant, en écartant les options de l’enosis et du taksim . La République de Chypre était proclamée, le 16 août 1960, comme un compromis entre les deux communautés, qui n’éprouvaient pas réellement la volonté de construire ensemble une nation. Le nouvel État n’était pas l’expression d’aspirations politiques communes, mais une sorte de plus petit commun dénominateur, résultant de traités internationaux conclus entre trois États étrangers, désireux d’en finir avec un conflit qui les opposait et de maintenir l’île dans la zone d’influence occidentale. Les deux communautés chypriotes n’avaient jamais connu qu’une certaine habitude de cohabitation et de tolérance mutuelle, la puissance coloniale s’étant soigneusement gardée de susciter tout ce qui pouvait ressembler à une ébauche de sentiment national chypriote. De plus, les événements des années 1950-1960 avaient fait disparaître tout désir de cohabitation entre les Turcs et les Grecs de Chypre.

Tentative de conciliation entre des intérêts et aspirations inconciliables, le système constitutionnel mis en place en 1960 devait se révéler incapable de résoudre les tensions intercommunautaires. La Constitution de 1960 n’était pas fondée sur le principe de la répartition des pouvoirs et des compétences au prorata des deux populations. Le président de la République devait être un Grec, et le vice-président, un Turc, chacun étant élu par sa propre communauté. La clause la plus importante était celle qui reconnaissait au président et au vice-président un droit de veto en matière de politique extérieure et de défense, les décisions étant prises par un cabinet ministériel de 7 membres, dont 4 ministres grecs et 3 ministres turcs. Alors que la communauté turque ne constituait que 18 p. 100 de la population totale, elle disposait de 30 p. 100 des sièges au Parlement, ainsi que du même pourcentage de postes au sein de la police et de l’administration et de 40 p. 100 des effectifs de la garde nationale (l’armée), forte de 2 000 personnes. D’une manière générale, tout titulaire d’un poste important devait avoir un adjoint appartenant à l’autre communauté.

En tant que puissances garantes de la République, la Grèce et la Turquie avaient le droit de cantonner sur l’île des contingents militaires respectivement de 900 et de 650 hommes. Quant à la troisième puissance garante, le Royaume-Uni, qui avait depuis longtemps jugé que la possession de toute l’île, source de complications, n’était nullement nécessaire d’un point de vue stratégique, elle gardait sa pleine souveraineté sur deux très grandes bases militaires, l’une autour de Dekhelia, dans le Sud-Est, et l’autre autour d’Akrotiri, dans le Sud-Ouest de Chypre.

Le bon fonctionnement d’un tel système constitutionnel supposait la confiance mutuelle des deux communautés et leur loyauté vis-à-vis de la République. Il n’en fut rien. En tant que minorité, économiquement désavantagée et craignant pour sa sécurité, les Turcs étaient sur leurs gardes, se méfiaient de la moindre initiative des Grecs et comptaient sur Ankara pour les défendre. Pour les Chypriotes Grecs, du moins pour les plus pro-hellènes d’entre eux, l’indépendance n’était qu’un pis-aller, une solution transitoire, dans l’attente des conditions qui permettraient la réalisation de l’enosis . E.O.K.A. n’avait pas vraiment désarmé, non plus d’ailleurs que les Turcs. En outre, le contingent que la Grèce cantonnait sur l’île passa rapidement de 900 à 9 000 hommes, en violation des accords créant la République, ce qui n’était pas fait pour rassurer les Turcs sur les intentions de leurs partenaires. Dans ces conditions, le fonctionnement de la jeune République fut vite paralysé, les deux communautés s’opposant pratiquement sur tous les aspects importants de la gestion de l’île.

La stratégie de la communauté turque était d’améliorer sa position en utilisant les dispositions constitutionnelles qui la favorisaient, tandis que Mgr Makarios prenait son mal en patience, attendant le moment opportun pour modifier la Constitution. Il menait une politique extérieure de non-alignement, comptant sur l’appui de l’U.R.S.S. et du Tiers Monde, pour faire contrepoids à l’influence pesante des trois puissances garantes et, derrière elles, des États-Unis.

Les débuts du second conflit chypriote: 1963-1967

Trois ans après la proclamation de l’indépendance de Chypre, en novembre 1963, Mgr Makarios présentait au vice-président turc, Fazil Küçük, une série de propositions visant à procéder à une révision radicale de la Constitution de 1960, de manière à réduire les droits et prérogatives de la minorité turque. Celle-ci rejetait aussitôt ces propositions, avec l’appui d’Ankara. Ainsi débutait le second conflit chypriote, qui dure toujours.

Le règlement de 1960 mettant fin au premier conflit chypriote n’avait vécu que trois années. Le refus des Turcs fut suivi, en décembre 1963, d’actions terroristes commises par des éléments chypriotes grecs appartenant à l’E.O.K.A., au cours desquelles de nombreux Chypriotes Turcs furent assassinés. Ces attaques provoquèrent un mouvement de panique dans la communauté turque, dont les membres quittèrent en grand nombre leurs lieux de résidence, pour se concentrer dans des enclaves fortifiées, défendues par des miliciens armés. Des administrations locales furent mises en place dans ces enclaves qui constituèrent des espaces échappant au contrôle du gouvernement chypriote. Soumise au blocus économique et à la pression militaire des Chypriotes Grecs, la communauté turque devint dépendante de l’aide économique et militaire d’Ankara. La présence dans l’île de contingents des armées grecque et turque, conformément aux accords de 1960, consomma la séparation entre les deux communautés.

Pendant l’été de 1964, des combats opposant les deux communautés provoquèrent l’intervention de la Turquie, dont les avions bombardèrent quelques localités de Chypre. Un éventuel débarquement turc fut prévenu par les États-Unis, ce qui provoqua une profonde réaction anti-américaine en Turquie. Des forces de l’O.N.U. (Unficyp) furent envoyées à Chypre, afin de s’interposer entre les deux communautés.

Les objectifs et les stratégies des parties en présence sont alors divergents. Les ÉtatsUnis souhaitent une solution qui ancrerait l’île solidement à l’Occident; ils présentent le plan Acheson, qui vise à un partage de l’île entre la Grèce et la Turquie et qui aura le double avantage, à leur point de vue, de mettre fin à un conflit qui divise deux membres de l’O.T.A.N. et d’écarter Makarios devenu, grâce à l’exceptionnelle dimension de sa personnalité, l’un des leaders du Tiers Monde. La Grèce travaille dans le sens de l’enosis (le rattachement de l’île à la Grèce), appuyée en cela par la communauté chypriote grecque. Quant à Makarios, chef religieux qui combine une grande attraction charismatique avec l’exercice habile du pouvoir politique et économique (l’Église de Chypre est la principale puissance économique de l’île), il poursuit deux objectifs apparemment incompatibles: l’édification d’une nation chypriote et le rattachement de l’île à la Grèce. Mais ces deux desseins ne sont peut-être pas si contradictoires, dans la mesure où on lui prête l’ambition de gouverner la Grèce en se servant de son pouvoir à Chypre comme d’un tremplin. Il cherche à internationaliser le conflit et à le placer dans le cadre des Nations unies, où il dispose du soutien des Non-Alignés. La Turquie, au contraire, s’en tient à un cadre plus limité, avec la participation d’Athènes, d’Ankara et des deux communautés. Elle souhaite la stricte application des accords de 1960: indépendance de l’île, avec droit de regard des puissances garantes et maintien des privilèges de la communauté chypriote turque, laquelle s’aligne complètement sur les positions d’Ankara. L’objectif primordial des Turcs est de barrer la route à l’enosis .

Durant toute cette période, la partie grecque est en position de force. Disposant de l’appui des Non-Alignés et de l’Union soviétique, Makarios porte le problème devant les Nations unies, où il obtient plusieurs succès diplomatiques. La Grèce introduit clandestinement dans l’île de grandes quantités d’armes, des officiers qui encadrent les forces chypriotes grecques et des troupes irrégulières. La Turquie agit de même, mais le rapport des forces est inégal. Makarios laisse se développer les activités terroristes de l’E.O.K.A. contre les Turcs, sans les condamner explicitement. Des deux côtés, les éléments les plus durs dominent la situation. Au sein de la communauté turque, les progressistes qui entretiennent des relations avec les Chypriotes Grecs et notamment avec le Parti communiste chypriote (A.K.E.L.) sont écartés.

Ce blocage aboutira à la crise de novembre-décembre 1967, avec une nouvelle menace de débarquement turc, arrêté in extremis par les États-Unis. Ankara obtiendra cependant le rapatriement des forces grecques irrégulières, ainsi que l’expulsion du général Grivas, qui dirige les activités des terroristes chypriotes grecs. Le dénouement de la crise de 1967 sera négocié entre Ankara et Athènes, par l’entremise des États-Unis qui avaient dépêché dans la région un médiateur en la personne de Cyrus Vance.

Les négociations intercommunautaires: 1968-1974

L’arrivée au pouvoir, en avril 1967, des colonels à Athènes introduit un nouveau facteur dans l’échiquier chypriote: les relations étroites qui existaient entre Makarios et le gouvernement d’Athènes se tendront progressivement jusqu’à la rupture, en 1974. Pour l’heure, réélu président de la République en février 1968, Makarios accepte de s’engager dans la voie des négociations intercommunautaires. Au départ de ces négociations, en juin 1968, les positions des deux parties sont très éloignées. La communauté turque vise à un règlement qui s’approcherait le plus possible de celui de 1960, tandis que Makarios souhaite négocier sur des bases entièrement nouvelles. Les pourparlers dureront six ans. Réunissant d’abord les représentants des deux communautés, ils seront élargis, à partir de 1973, de manière à inclure ceux d’Athènes, d’Ankara et des Nations unies. Leur principal mérite aura été de maintenir le contact entre les parties et d’éviter une reprise des hostilités. Progressivement, ce sont les dissensions internes et l’affrontement entre Makarios et les colonels d’Athènes qui occuperont le devant de la scène à Chypre. La junte grecque accordera ouvertement son soutien aux ennemis de Makarios et notamment au général Grivas, revenu secrètement dans l’île. Elle participera plus ou moins directement aux tentatives d’assassinat dirigées contre l’ethnarque et dont celui-ci sortira chaque fois indemne. Elle tentera aussi de se servir des trois métropolites de l’Église chypriote qui essaieront de démettre Makarios de ses fonctions ecclésiastiques, mais en vain. Les États-Unis et la Turquie suivent de près cette lutte et soutiennent discrètement l’action d’Athènes. Les ministres des Affaires étrangères grec et turc se rencontrent en juin 1971 à Lisbonne, dans le cadre d’une réunion ministérielle de l’O.T.A.N., et de nouveau en octobre de la même année, à New York, pour s’entendre sur la formule des négociations à cinq, qui commenceront en juin 1973. Makarios s’oppose à la présence des représentants grec et turc; il cédera sur ce point, mais résistera aux pressions des colonels et se fera triomphalement élire une nouvelle fois président de la République, en février 1973. Les négociations à cinq enregistreront certains résultats encourageants, la principale difficulté concernant l’autonomie à accorder aux administrations locales turques dans le cadre d’un État unitaire. Elles aboutiront à une nouvelle impasse en avril 1974, en partie à cause de la vive tension entre Athènes et Ankara au sujet de la mer Égée, mais surtout du fait de l’attitude peu conciliante de Makarios qui a le sentiment que le temps joue en faveur de la communauté grecque.

Le coup d’État contre Makarios et le débarquement turc: juillet-août 1974

En 1974, Makarios est considéré par toutes les parties intéressées – à l’exception de la communauté chypriote grecque – comme le principal obstacle à un règlement de la question chypriote. Les États-Unis lui reprochent son non-alignement et ses rapports étroits avec l’U.R.S.S., même si l’ethnarque se garde de toucher aux importantes bases militaires de Dhekelia et d’Akrotiri, placées sous la souveraineté britannique et utilisées par les Américains. La junte grecque cherche à l’éliminer par tous les moyens pour le remplacer par un personnage à sa dévotion. La Turquie voit en lui le principal responsable des malheurs de la communauté chypriote turque.

Les événements se précipitent au cours de l’été 1974. En butte aux complots incessants de la junte, Makarios décide d’engager l’épreuve de force: le 2 juillet, il demande au gouvernement d’Athènes de rapatrier les officiers grecs qui se trouvent à Chypre et exige l’arrêt des activités subversives dirigées de la Grèce. Les dictateurs grecs répondent le 15 juillet par un coup d’État qui renverse Makarios. Celui-ci réussit à s’échapper et à quitter l’île. Il est remplacé par Nikos Sampson, terroriste notoire et partisan fanatique de l’enosis . Ankara s’inquiète pour la sécurité de la communauté turque et redoute la proclamation du rattachement de l’île à la Grèce. Et puis, l’occasion est trop belle pour la Turquie: après avoir essayé, en vain, de monter une opération conjointe avec les Anglais, les forces turques débarquent le 20 juillet à l’aube sur les plages de Kérynia, au nord de l’île, en vertu de l’article 4 du traité de garantie de 1960 qui leur donne le droit d’intervenir lorsque l’indépendance, l’intégrité territoriale et la sécurité de Chypre sont menacées. Le cessez-le-feu, demandé par le Conseil de sécurité des Nations unies, intervient le 22 juillet, après que les forces turques ont occupé une bonne partie du nord de l’île. Le 24, le régime militaire grec, responsable du coup d’État, s’effondre, et Constantin Karamanlis rentre d’exil pour restaurer la démocratie en Grèce.

Des négociations sont engagées à Genève à la fin de juillet, sous la présidence du ministre britannique des Affaires étrangères, James Callaghan, dont le gouvernement aura été d’une grande passivité dans toute cette affaire, en dépit des lourdes responsabilités qui incombent au Royaume-Uni dans la naissance du conflit chypriote, et avec la participation des représentants des deux communautés de l’île, de la Turquie et de la Grèce. Elles se déroulent en deux étapes, du 25 au 30 juillet et du 8 au 13 août. Devant l’intransigeance des uns et des autres, les Turcs essayant d’imposer une fédération, cantonale ou bizonale avec, dans tous les cas, un pouvoir central très réduit, et les Grecs refusant obstinément d’envisager autre chose qu’un État unitaire, les négociations échouent et les Turcs reprennent les hostilités le 13 août pour étendre la zone qu’ils contrôlent à 38 p. 100 environ du territoire de l’île.

À la suite de ces opérations, de 180 000 à 200 000 Chypriotes Grecs ont fui le Nord vers le Sud. Progressivement, la quasi-totalité de la population grecque du Nord a émigré au Sud, tandis que des dizaines de milliers de Chypriotes Turcs sont passés du Sud au Nord. Les conséquences des événements de 1974 s’étant révélées tout à fait conformes aux intérêts des États-Unis, nombre d’observateurs en ont déduit que le coup d’État contre Makarios et l’invasion de l’île avaient été entrepris avec, au mieux, l’accord tacite et, au pis, la complicité active de Washington. Les Chypriotes Grecs, outre le drame humain qu’ils ont connu, sont en position de faiblesse. La Grèce a retrouvé la démocratie, mais elle a aussi connu une défaite diplomatique et psychologique, dans l’impossibilité qu’elle était de porter assistance aux Chypriotes Grecs. Les Chypriotes Turcs se sont sentis plus en sécurité sous la protection de l’armée turque, mais aucune solution n’a été apportée à leurs difficultés économiques, et l’errance qu’ils connaissent depuis 1963 a continué. La Turquie a payé d’un prix très élevé sa victoire à Chypre. Elle s’est trouvée isolée sur le plan international et à l’O.N.U., et l’entretien des troupes turques à Chypre a constitué un lourd fardeau pour son économie. À cela s’est ajouté l’embargo que le Congrès des États-Unis a imposé en février 1975 sur les livraisons d’armes à la Turquie. Cet embargo, qui n’a été levé qu’en juillet 1978, a non seulement affaibli les capacités de l’armée turque, mais a aussi fait l’effet d’un choc sur l’opinion publique turque. Ankara a riposté en plaçant sous son contrôle les bases américaines installées sur le sol turc et en les mettant en veilleuse. La diplomatie d’Ankara a été considérablement gênée par le lien que les États-Unis ont établi entre la reprise de leur assistance militaire et les progrès enregistrés dans la recherche d’une solution à Chypre. Les Occidentaux ont adopté une attitude similaire en matière d’aide économique, ce dont la Turquie a un très grand besoin.

À la recherche d’un nouveau règlement négocié: 1974-1981

Les événements de 1974 modifièrent les rapports de forces entre les deux communautés. Tandis que, entre 1963 et 1974, Makarios avait temporisé, négociant avec réticence et attendant le jour où le blocus économique et les pressions de toutes sortes réduiraient à néant la résistance des Chypriotes Turcs, désormais, ce sont ces derniers et Ankara qui font preuve d’intransigeance et se montrent peu disposés à négocier. Les premiers contacts entre le leader des Chypriotes Turcs, Rauf Denktas, et le président chypriote par intérim, Glafcos Cléridès (qui avait remplacé Nikos Sampson), eurent lieu en septembre 1974, à Nicosie, sous l’égide des Nations unies, au sujet des questions humanitaires. Ils continuèrent au début de 1975, à Vienne, s’étendant progressivement aux questions politiques. Entre-temps, en décembre 1974, Makarios avait effectué un retour triomphal à Chypre et avait été plébiscité par des centaines de milliers de Chypriotes Grecs qui l’avaient accueilli. Fort de cette légitimité réaffirmée, il continuait à soutenir la thèse de l’unité de Chypre, s’appuyant sur les Non-Alignés et sur l’U.R.S.S. et cherchant, comme toujours, à porter le problème sur le plan international et à l’O.N.U., contrairement à la Turquie, mais aussi à la Grèce de Karamanlis et aux États-Unis qui souhaitaient régler la question dans le cadre de l’alliance occidentale.

En février 1975, R. Denktas proclamait unilatéralement la création d’un État fédéré chypriote turc, présenté comme la première entité du futur État fédéral chypriote. Les négociations intercommunautaires menées à Vienne et à New York furent interrompues à plusieurs reprises en raison de l’intransigeance de la partie turque. L’État fédéré chypriote turc s’était organisé depuis février 1975 et, au cours des élections générales qui eurent lieu en juin 1976, R. Denktas fut élu président. Selon ce dernier, Makarios étant simplement le président de la communauté chypriote grecque, il y avait parité entre les chefs des deux communautés, thèse que les Grecs contestèrent avec force.

À la fin de 1976, la situation évoluait favorablement après que les ministres des Affaires étrangères de la Turquie et de la Grèce se furent entendus à New York pour une reprise des négociations, sans conditions préalables et sur une base d’égalité. Makarios et R. Denktas se rencontrèrent deux fois, d’abord le 27 janvier 1977 à deux et, ensuite, le 12 février, en présence du secrétaire général des Nations unies, Kurt Waldheim, pour déterminer les principes qui devaient guider les futures négociations. Ils s’entendirent sur les points suivants: création d’une république fédérale, indépendante, non alignée et bicommunautaire; mise en place d’un gouvernement central dont les pouvoirs seraient de nature à assurer l’unité de l’État bicommunautaire; répartition du territoire qui serait administré par chaque communauté, en fonction de la productivité des terres, de leur importance économique et des titres de propriété et, enfin, sauvegarde des libertés de circulation, d’établissement et du droit à la propriété entre les zones nord et sud. Les négociations recommencèrent à Vienne, du 31 mars au 7 avril, sous l’égide des Nations unies et continuèrent à Nicosie, mais sans produire de résultats tangibles à la mesure des espoirs soulevés par l’accord Makarios-Denktas. À l’occasion du troisième anniversaire du débarquement turc, le 20 juillet 1977, Makarios prononçait un discours très pessimiste quant à la perspective d’un règlement négocié et insistait sur la nécessité d’organiser une conférence internationale. Ce discours devait être son testament au sujet de la question chypriote, puisque l’ethnarque décédait le 3 août suivant.

Son successeur, Spyros Kyprianou, rencontra R. Denktas le 15 janvier 1978 pour fixer une procédure en vue de la reprise des négociations. En mars 1978, les Premiers ministres de la Turquie et de la Grèce se réunirent à Montreux pour parler de l’ensemble du contentieux opposant les deux pays, dont le conflit chypriote. En avril, à Vienne, R. Denktas remit à K. Waldheim les propositions turques pour une reprise des pourparlers, qui ne faisaient en fait que reprendre les positions turques, déjà présentées en 1976 et 1977 et repoussées par la partie adverse: une confédération entre deux entités étatiques bien distinctes, avec un pouvoir central faible et des concessions territoriales jugées dérisoires par les Chypriotes Grecs. En juillet 1978, R. Denktas faisait des propositions pour un éventuel retour des habitants de Varosha, le quartier grec de Famagouste.

Les positions plus réalistes du gouvernement Ecevit, arrivé au pouvoir en janvier 1978, et la levée de l’embargo américain en juillet entraînèrent un assouplissement de l’attitude turque, tandis que le secrétaire général des Nations unies continuait ses efforts pour ramener les deux parties à la table des négociations. En décembre, les États-Unis présentaient un plan de règlement, préparé avec l’aide des Anglais et des Canadiens. Ce compromis entre les thèses des uns et des autres fut accueilli avec une certaine tiédeur. Mais les efforts de K. Waldheim aboutirent enfin à un accord entre Kyprianou et Denktas, lors de la réunion que les deux dirigeants tinrent les 18 et 19 mai 1979 à Nicosie en sa présence. Les deux parties acceptaient de reprendre les négociations, interrompues depuis deux ans, sur la base des quatre points de l’accord Makarios-Denktas du 12 février 1977.

Ces nouvelles négociations commencèrent dans un climat d’optimisme modéré. Au-delà des accords sur les principes, les positions demeuraient trop éloignées. Il y avait d’abord la question du retour des habitants de Varosha, que les Chypriotes Grecs avaient longtemps considérée comme une condition préalable. Le fait que cette question bien précise ne pût être réglée n’incitait pas à l’optimisme au sujet des problèmes de fond: le retour des réfugiés chypriotes grecs au Nord, le pourcentage du territoire qui sera laissé au contrôle des Chypriotes Turcs, le retrait des forces étrangères se trouvant dans l’île (c’est-à-dire des 20 000 soldats turcs sur les 40 000 qui avaient débarqué en 1974, la moitié ayant été rapatriée entre 1975 et 1978), et enfin les questions constitutionnelles, dont les pouvoirs et prérogatives du gouvernement central. Le point sur lequel les Chypriotes Grecs insistaient plus particulièrement concernait les libertés de circulation et d’établissement et le droit à la propriété, car la zone occupée par la Turquie recelait alors 70 p. 100 des ressources économiques et 95 p. 100 de la capacité hôtelière de l’île. Pour ce qui était de la démilitarisation de Chypre, Denktas, qui n’était pas près d’accepter le départ rapide des troupes turques, parlait de la nécessité d’évacuer les deux bases britanniques, embarrassant ainsi les Chypriotes Grecs qui en tirent des bénéfices économiques non négligeables et qui ne veulent pas ébruiter cette question susceptible de ternir leur image de pays non aligné.

Les deux parties restaient donc sur leurs positions respectives et on avait l’impression qu’elles reprenaient les négociations à la suite de pressions externes (États-Unis ou O.N.U.), sans véritablement avoir la volonté d’aboutir. Le fait que le sud de l’île connaisse depuis quelques années une prospérité économique tout à fait remarquable et que les réfugiés du Nord y trouvent progressivement logement et emploi atténue le drame du déracinement des populations. Les dirigeants chypriotes turcs semblent compter sur cette évolution et vouloir laisser traîner les pourparlers en attendant qu’un point de non-retour soit atteint dans la partition de l’île.

De fait, les négociations qui débutèrent le 15 juin furent interrompues au bout d’une semaine.

Au cours de la seconde moitié de 1979 et la première moitié de 1980, le secrétaire général des Nations unies poursuivit ses efforts pour une reprise des négociations intercommunautaires, sous les auspices de l’organisation mondiale, efforts rendus difficiles par l’intransigeance des deux parties. Malgré de nombreux obstacles, les efforts de Kurt Waldheim se révélèrent tout de même fructueux, puisque en juillet 1980 les leaders des deux communautés donnèrent leur accord de principe pour une reprise des négociations, qui débutèrent effectivement le 16 septembre, à Nicosie.

Les précédents pourparlers avaient capoté en juin 1979, à cause d’un différend portant sur les notions de «bizonalité», défendue par les Turcs et correspondant à une confédération assez lâche et de «birégionalité», proposée par les Grecs et renvoyant à une solution de type fédéral, avec un gouvernement central doté de pouvoirs étendus, responsable de la défense, de la diplomatie et des finances, laissant au niveau local l’éducation, la culture et l’aménagement du territoire. Outre cette question, d’ordre constitutionnel, du partage des pouvoirs entre le gouvernement central et les administrations locales, demeurait entier le problème de la répartition territoriale, c’est-à-dire le pourcentage du territoire de l’île que chacune des communautés garderait sous sa juridiction.

Ces questions restaient entières, au moment où reprenaient les négociations, le 16 septembre 1980. Celles-ci se limitèrent, pendant plusieurs mois, à une série de monologues dans lesquels chaque partie répétait ses thèses, entrecoupés de discussions interminables sur les questions de méthode et de procédure pour aborder les problèmes de fond.

En dépit des appels provenant de tous côtés et notamment des Nations unies et de l’O.T.A.N., ces négociations, entourées d’un climat de désenchantement et d’indifférence, ne produisent aucun résultat tangible.

Le seul moment marquant de ces négociations fut en août et septembre 1981, lorsque les Chypriotes Turcs, suivis des Chypriotes Grecs, firent des propositions qui paraissaient constructives et impliquaient des concessions de la part des uns et des autres. Mais la méfiance que nourrissent réciproquement les deux communautés les ont conduites à repousser ces propositions, qui semblent d’ailleurs avoir été formulées plus comme gages de bonne volonté donnés à l’opinion internationale que pour sortir vraiment de l’impasse.

Regain de tension: 1982-1987

Tandis que les négociations intercommunautaires se déroulaient sans beaucoup de conviction de part et d’autre, les tensions continuelles entre la Turquie et la Grèce au sujet de la mer Égée ainsi que les dissensions politiques au sein de la communauté chypriote grecque rendaient encore plus difficile la perspective d’un accord. Ayant subi une défaite lors des élections législatives de mai 1981, le président de la République S. Kyprianou voyait sa position s’affaiblir. En prévision des élections présidentielles, il concluait une alliance électorale avec le Parti communiste, qui l’avait fortement attaqué à propos de sa réticence à négocier sérieusement avec les Turcs. En échange du soutien de l’A.K.E.L. sur le plan intérieur, S. Kyprianou acceptait d’assouplir son attitude vis-à-vis des Turcs. Cependant, cette attitude plus conciliante lui causait de très sérieuses difficultés au printemps de 1982 avec le Premier ministre grec, Andréas Papandréou, partisan de la manière forte vis-à-vis de la Turquie, qu’il s’agisse de la mer Égée ou de Chypre.

Ces fluctuations ne facilitaient guère la recherche d’une solution et la paralysie de la capacité de négociation des Chypriotes Grecs incitait la partie turque déjà peu disposée à faire des concessions à s’installer dans un attentisme d’autant plus confortable que le temps semblait travailler pour elle.

L’année 1983 allait être marquée par un regain de tension et l’interruption des négociations intercommunautaires. Traditionnellement, la partie grecque avait toujours vu son avantage dans une internationalisation du conflit, soutenue en cela par l’U.R.S.S., tandis que la partie turque préférait des négociations bilatérales, approche partagée par les Occidentaux. Aussi, lorsque à l’automne de 1983 la Grèce porta la question devant l’Assemblée générale des Nations unies, la communauté chypriote turque réagit violemment en se retirant des négociations intercommunautaires en cours. Dans la foulée, R. Denktas déclarait son «indépendance» le 15 novembre 1983, en créant la «République turque de Chypre du Nord», entité reconnue par la seule Turquie et unanimement condamnée par la communauté internationale. Malgré de nouvelles initiatives de paix du secrétaire général des Nations unies, Javier Pérez de Cuellar, le climat entre les communautés de l’île continuait d’être tendu tout au long de 1984. Réélu président de la République en 1983, S. Kyprianou mettait fin à son alliance tactique avec l’A.K.E.L. et reprenait son attitude intransigeante à l’égard des Turcs, s’alignant ainsi sur les positions de la Grèce d’A. Papandréou. La partie turque se montrait également très rigide.

À l’automne de 1984, à la suite des initiatives de J. Pérez de Cuellar et des pressions américaines, R. Denktas acceptait de faire quelques concessions, notamment de rendre à la partie grecque environ 8 p. 100 des territoires occupés par les Turcs. Ces efforts aboutissaient à une rencontre entre S. Kyprianou et R. Denktas, en janvier 1985 à New York, qui se soldait par un échec total. L’espoir d’un rapprochement fondé sur les principes acquis lors des rencontres entre Mgr Makarios et R. Denktas en février 1977 puis entre S. Kyprianou et R. Denktas en mai 1979 s’éloignait à nouveau. En effet, non seulement les positions restaient assez divergentes sur les questions constitutionnelles (les Grecs souhaitant un système fédéral et les Turcs une confédération très lâche, avec une large autonomie pour chacune des deux communautés), mais, en outre, S. Kyprianou faisait du retrait total de l’armée turque stationnée dans la partie nord un préalable absolu. Il exigeait aussi la liberté de circulation et de résidence et le droit de propriété dans toute l’île. Ces demandes, qui visaient à recréer une situation identique à celle d’avant 1974, étaient rejetées par les Turcs.

L’échec de la rencontre de New York ouvrait une nouvelle période de durcissement, surtout du côté turc. R. Denktas organisait une série de consultations pour asseoir son «État indépendant»: un référendum, le 5 mai 1985, pour l’adoption d’une constitution; des élections présidentielle, le 9 juin, et législatives le 23 juin 1985. Au sein de la communauté grecque de l’île, contrairement à ce qui s’était passé en 1981, les élections législatives de décembre 1985 voyaient la remontée des suffrages du Parti démocratique de S. Kyprianou et du Parti socialiste E.D.E.K., tous les deux partisans de la fermeté dans les relations intercommunautaires.

L’impasse chypriote paraissait plus complète que jamais en 1986. Continuant avec persévérance ses efforts de paix, le secrétaire général des Nations unies proposait en mars 1986 un nouveau plan de règlement préconisant une fédération avec deux États autonomes, un président grec et un vice-président turc, une Chambre à majorité grecque et un Sénat où les deux communautés seraient représentées à part égale. Ce plan prévoyait aussi le retour aux Grecs d’une portion des territoires détenus par les Turcs. Accepté par les Turcs, il était rejeté par les Grecs, S. Kyprianou exigeant qu’avant tout accord les troupes turques quittent l’île. L’impossibilité de parvenir à un accord devait provoquer la réaction des sept pays fournissant les forces de l’O.N.U. à Chypre (Unficyp), à savoir l’Australie, l’Autriche, le Canada, le Danemark, la Finlande, le Royaume-Uni et la Suède, qui annonçaient en juin 1986 qu’ils n’étaient pas disposés à continuer indéfiniment à servir de tampon entre les deux adversaires. Simultanément J. Pérez de Cuéllar publiait un rapport laissant entendre que son plan de paix se heurtait à l’intransigeance grecque. La situation se compliquait davantage, avec la visite effectuée par une délégation soviétique dans la partie sud de l’île et la réactualisation par Moscou de la vieille idée d’une conférence internationale, ce qui inquiétait les Turcs. En revanche, les Grecs protestaient contre la visite officielle que le Premier ministre turc, Turgut Özal, effectuait en juillet 1986 dans la république turque de Chypre du Nord.

Reprise des pourparlers

Étant donné l’influence déterminante que la Grèce et la Turquie exercent sur les communautés grecque et turque de l’île, les choses ne pouvaient évoluer à Chypre tant qu’Ankara et Athènes ne se décidaient pas à régler leur contentieux. Or le fait que ces deux pays se trouvèrent sur le point de se déclarer la guerre en mars 1987, à cause de leur querelle concernant la mer Égée, créa un choc salutaire dans les opinions publiques grecque et turque et chez les deux Premiers ministres, en particulier chez le plus intransigeant des deux, A. Papandréou. Réalisant que les surenchères nationalistes risquaient de provoquer entre deux membres d’une même alliance militaire – l’O.T.A.N. – une guerre absurde et désastreuse, les deux hommes se rencontraient deux fois, en janvier et en mars 1988, pour engager leurs pays respectifs sur la voie de la réconciliation. Un lent processus de dégel commençait, conformément à ce qu’on a appelé l’«esprit de Davos» (lieu de la rencontre Özal-Papandréou de janvier 1988, en Suisse), et T. Özal se rendait en juin en visite officielle en Grèce, ce qu’aucun Premier ministre turc n’avait fait depuis trente-six ans. L’amorce d’une coopération politique et économique entre la Grèce et la Turquie, certes encore récente et fragile (comme l’a montré le regain de tension lors de manœuvres navales organisées par l’O.T.A.N. en mer Égée en septembre 1988, la Grèce refusant de participer depuis plusieurs années à ces exercices du fait de la présence de la Turquie), constitue tout de même une évolution favorable au règlement de la question chypriote. Mais cette dernière est trop complexe pour qu’une embellie gréco-turque suffise à aboutir à des solutions.

Dans l’île, l’élection à la présidence de la République, en février 1988, d’un nouveau venu à la politique, Georges Vassiliou, semblait constituer un facteur positif pour la paix. La défaite que S. Kyprianou a subie dans ces élections et le fait que la victoire se soit jouée de manière très serrée (51,63 p. 100 contre 48,37 p. 100) entre G. Vassiliou et G. Cléridès, le leader de la droite conservatrice qui s’est toujours déclaré partisan d’une entente avec la partie turque, ont montré que la très grande majorité des Grecs de Chypre sont las du conflit qui dure depuis un quart de siècle. En outre, l’arrivée au pouvoir d’un homme plus moderne et ouvert au dialogue que l’ancien président pouvait modérer l’intransigeance du leader des Chypriotes Turcs, R. Denktas.

Grâce aux efforts du secrétaire général des Nations unies, J. Pérez de Cuellar, R. Denktas et G. Vassiliou finissaient par se rencontrer le 24 août 1988 à Genève et s’entendaient pour engager des pourparlers sur l’avenir de l’île, en septembre à Nicosie. Une première série de rencontres eut lieu du 15 au 27 septembre, dans la zone tampon contrôlée par l’Unficyp, entre les deux secteurs de l’île.

En février 1989, une réunion avait lieu entre R. Denktas et G. Vassiliou, suivie d’une rencontre entre le président chypriote et le Premier ministre turc, T. Özal, ce qui n’était pas arrivé depuis 1974. Lors d’une nouvelle rencontre à New York, les deux dirigeants des communautés chypriotes convenaient de remettre aux Nations unies un projet de cadre de règlement du conflit, avant le 1er juin. Mais le peu de conviction qu’ils y mettaient était une indication que les pourparlers intercommunautaires risquaient de déboucher sur un nouvel échec. De fait, Denktas et Vassiliou ne tinrent pas leur engagement et, aucun progrès n’ayant été enregistré lors d’une autre rencontre organisée à la fin de février à New York par le secrétaire général de l’O.N.U., ce dernier décida d’arrêter les pourparlers, qui se déroulaient sous son égide et sur la base de la résolution 367 des Nations unies, depuis août 1988. Il rendit R. Denktas responsable de cet échec, pour avoir demandé le droit à l’autodétermination pour chacune de deux communautés chypriotes, ce qui était contraire au principe d’un État chypriote unitaire, préconisé dans la résolution 367. L’opposition fondamentale entre la conception fédérale défendue par les Grecs et la conception confédérale qui a la préférence des Turcs demeurait entière, rendant impossible le règlement du conflit.

Une nouvelle perspective de règlement réapparut après la fin de la guerre du Golfe, les États-Unis ayant décidé de faire pression sur toutes les parties concernées, afin d’en finir avec la question chypriote. En juin 1991, Washington proposa la tenue d’une conférence de paix dans des délais brefs, mais cette proposition achoppa sur la question des participants: les Turcs, soutenus par le président Bush, suggéraient une conférence à quatre, entre la Grèce, la Turquie et les communautés grecque et turque de l’île, ce qui était récusé par les Grecs, qui souhaitaient une conférence à cinq avec la participation, outre de la communauté chypriote grecque, du gouvernement de Nicosie, reconnu comme l’autorité légale de l’île par la communauté internationale. La divergence persista en dépit des rencontres en septembre 1991, à Paris, entre les Premiers ministres grec et turc, et de représentants au Conseil de sécurité à New York.

Est-ce à dire que le conflit chypriote ne sera jamais résolu face à l’intransigeance dont font preuve, à tour de rôle, les Turcs et les Grecs? Pourtant, les conditions ont rarement été aussi favorables à une solution négociée, surtout avec la fin de la guerre froide, en 1989-1990. Sur l’île, la communauté grecque sait que le temps qui passe risque de rendre la partition irréversible. Quant à la communauté turque, économiquement précaire et dépendante de l’assistance de la Turquie, elle est consciente du fait qu’elle aurait tout à gagner à une paix durable. Enfin, aussi bien la Turquie que Chypre veulent s’intégrer dans l’Europe communautaire. Cet objectif constitue probablement l’incitation la plus puissante en faveur d’une solution négociée, car, tant que le conflit perdure, aucun de ces deux pays ne pourra espérer l’atteindre. Il est donc permis d’être prudemment optimiste sur la possibilité d’aboutir à la paix à Chypre.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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